Parution : 5 septembre 2017
Pas de Calais, Église en bout de course ?

Ce titre provocateur pourrait s’appliquer à la quasi-totalité des diocèses de France, le choix du diocèse d’Arras étant dû, ici, à la recherche d’une documentation sur le rôle des paroissiens face aux sorts réservés aux prêtres, religieux et religieuses pendant la Révolution. L’article d’Alain JOBLIN1 correspondant à cette recherche, le choix du Pas de Calais devenait le point d’ancrage du sixième volet de ces travaux pratiques consacrés aux « vocations » de la Révolution française à nos jours. L’idée générale étant un double regard, celui sur les prêtres et religieux de 1789 à 1809, puis à d’autres périodes, et celui sur les prêtres et religieux-religieuses de Vatican II à aujourd’hui. Ce TP prend ainsi comme support un diocèse confronté aux mêmes difficultés et espérance que les autres.

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Un extrait de la journée du 17 avril 2016 consacrée aux diacres, à la Maison diocésaine d’Arras, permet de cadrer le décor et les enjeux : « Évoquant la diminution numérique des prêtres et la peur que quelques églises soient transformées en mosquée -ce qui n’est pas le cas dans le diocèse-, Mgr Jaeger interroge les catholiques sur leur présence réelle dans les églises en dehors des évènements familiaux. Si les forces s’amenuisent, c’est aussi parce que le nombre des fidèles laïcs diminue ou qu’ils désertent leurs églises… il faudra bien en tirer les conséquences, en particulier sur les responsabilités exercées au sein du peuple de Dieu par les laïcs : catéchèse, funérailles, mais aussi accompagnement des fiancés et jeunes mariés. Présence et accompagnement des gens par les chrétiens (pas seulement par des prêtres). L’enjeu est de faire émerger une nouvelle manière d’être Église au milieu du monde avec comme enjeu principal : comment faire autrement qu’avant ? Comment manifester que l’Église ce n’est pas seulement “Le prêtre” ? »

Certes, mais depuis des siècles, n’est-ce pas ce qui était en quelque sorte « imposer » au peuple chrétien : la dépendance d’un clergé ? La chute spectaculaire depuis les années 60, occulte un décrochage plus ancien des populations à l’égard du clergé depuis la Révolution française. En 1791 il y avait dans ce diocèse 445 habitants pour un prêtre, ce nombre va progressivement doubler jusqu’à la guerre 39-45, puis par 4 à l’avènement de Jean Paul II sans véritable revirement avec lui, avant une multiplication par 10 dans les années 2000 et par 20 dans la présente décennie en ayant toujours comme base 1791…

Après la guerre 39-45 la nouvelle donne est pressentie dix ans avant le Concile par le Chanoine BOULARD. Observateur du déclin du catholicisme français sur la première partie du XXème siècle il pronostique la baisse des ordinations avec une avance de dix ans par le pourcentage des entrées aux petits et grands séminaires. Ainsi la décroissance est à l’œuvre dès les années 1950… comme changement de civilisation après la deuxième guerre mondiale.

Comme pour beaucoup d’autres Églises particulières, le site officiel du diocèse d’Arras, témoigne d’une vitalité et d’une présence sur le terrain, occultant les difficultés : les paroisses ont été regroupées en plusieurs étapes (les 1043 de 1990, deviennent 556 en 2000, puis 92 aujourd’hui). Or les 1043 clochers et donc 1043 communautés d’habitants existent toujours et sont toujours censés à la charge d’un prêtre, mais celui-ci est pour plusieurs paroisses et occupés à bien d’autres fonctions. Des mouvements, des congrégations, des services sont répertoriés donnant le sentiment d’une grande diversité et d’un dynamisme ecclésial mais certains ou certaines ont une activité très réduite. Des photos en nombre et des articles qui datent parfois de plusieurs années…

En approfondissant on perçoit l’angoisse de la disparition des « vocations consacrées », et pourtant une Église particulière qui a vraiment pris à bras le corps les aumôneries confiées à des laïcs, le statut des animateurs laïcs en pastorale, la bonne animation des équipes d’animation paroissiale, la prise en charge et la reconnaissance de chacun des acteurs autres que clercs et des divers groupements revendiquant une place dans leur Église diocésaine. Une Église ouverte à toutes les sensibilités et respectueuses des autres courants religieux.

Mais justement quelle place du « catholicisme » dans le Pas de Calais au regard des autres religions ? Quelle importance et quelles causes de la diversité des cultes ? Et maintenant, quelles avancées et impulsions recherchées par le Concile provincial LAC (Lille, Arras, Cambrai) pour faire face à la pénurie de « vocations consacrées » désormais incontournables ?

La gageure est d’oser une expression et une question sur un diocèse dont nous sommes loin géographiquement et que nous découvrons par son site internet et divers articles. Nous le faisons, sans à priori, avec le souhait de rentrer en dialogue, pour des faits et jugements susceptibles d’être démentis. Au cours de ces recherches nous avons découvert en particulier le mémoire de Bénédicte JACQUEMONT, Animatrice laïque en pastorale (ALP). Ce mémoire défendu pour une licence canonique en théologie à l’Université catholique de Lille2 fournit des réponses pratiques à ce qui reste pour nous une découverte interrogative : « Pas de Calais, Église en bout de course ? »

Les volets précédents sont rappelés et consultables :
1. Histoire des vocations ou Histoire des « retours » ? http://golias-news.fr/article6465.html
2. « Deux mille prêtres normands face à la Révolution » : Ce que le chanoine ne dit pas http://golias-news.fr/article6482.html
3. Les religieuses dans la tourmente révolutionnaire… et après ? http://golias-news.fr/article6498.html
4. Religieux… pourquoi « ils » n’en veulent plus ! http://golias-news.fr/article6525.htm
5. Quels « jugements » sur les choix de la période révolutionnaire ? http://golias-news.fr/article6560.html

Ce sixième volet continue d’explorer des causes et des évolutions bien plus profondes que celle d’un « déclin » attribué à Vatican II et Mai 68, et de mieux évaluer les besoins à travers le concept discuté de « religion populaire ». Nos ancêtres et parents, nous-mêmes, où en sont nos demandes de religion, de spiritualité, et d’humanité ? Jean Doussal, Septembre 2017

Pour aller plus loin :

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Clercs et laïcs 11 septembre 21:09, par professeur Tournesol

Le problème est plus large que celui des "vocations", elles mêmes plus ou moins proportionnelles à la vitalité des communautés chrétiennes. Après des siècles de dualité clercs/laïcs, n’y a-t-il pas une dualité entre super-laïcs engagés, et laïcs de base ? Que ces super-laïcs soient vus comme des supplétifs du clergé, ou comme des néo-clercs succédant à un clergé jugé inutile, le problème est que ces laïcs qui font vivre les paroisse ont la même moyenne d’âge que les prêtres. Depuis un moment beaucoup de "clochers" n’ont plus de prêtres, mais bientôt il n’y aura plus guère de laïcs pour faire tourner la boutique. Par exemple les obsèques sont souvent "dirigées" par des laïcs, mais qui remplacera soeur Thérèse devenue alzheimer et Germaine Michu elle-même enterrée par la première ?
J’ai il y a peu visité le diocèses de Poitiers où mgr Rouet avait cru pouvoir se passer des prêtres en promouvant les laïcs. Les "nouvelles paroisses" sont grands comme des arrondissements, et sont subdivisées en "communautés chrétiennes locales", et bien à ma grande surprise les "communautés" ne correspondent pas aux communes, donc aux anciennes paroisses, mais à plusieurs. Non seulement il n’y a plus de prêtres, mais plus de laïcs dans certaines ex-paroisses.

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- Dans la rubrique: ECCLESIA
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