Parution : 10 novembre 2017
Indépendance de la Catalogne : une Eglise déchirée

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’indépendance catalane semble bien compromise. L’attitude de Carles Puigdemont, président de la Généralité de Catalogne et réfugié à Bruxelles avec une partie de son gouvernement, ne sert nullement la cause pour laquelle ils se battent. De son côté, le gouvernement conservateur d’Espagne que préside Mariano Rajoy ne brille pas par sa volonté de dialogue : il a tout fait pour empêcher la bonne tenue du référendum du 1er octobre dernier, allant jusqu’à réprimer sévèrement les militants indépendantistes comme au bon vieux temps de Franco ; justicier, il espère avoir la peau des « séditieux » grâce aux mandats d’arrêt européens lancés contre eux et d’ores et déjà l’incarcération de certains d’entre eux (transformés en prisonniers politiques). L’Union européenne préfère regarder ailleurs et, tel Ponce Pilate, s’en laver les mains et ne pas se mouiller, trop effrayée de voir se démembrer ses Etats-membres. Et l’Eglise ? On pourrait dire trivialement qu’il y a du mou dans la corde à nœuds entre Rome, Madrid et l’Eglise en Catalogne : les chrétiens sont divisés, de la hiérarchie à la base en passant par les communautés religieuses locales.

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Cela fait un siècle réellement que l’indépendantisme catalan existe (regroupant des catholiques de droite et des révolutionnaires pas toujours unis), qu’il est une véritable pensée politique. Les vicissitudes de l’histoire ont fait que le peuple catalan, lors de l’adoption de la nouvelle constitution espagnole dans la seconde moitié des années 1970, a voté à la quasi-unanimité (91 %) pour ces institutions qui lui permettaient d’obtenir une réelle autonomie dans bien des domaines (exceptés ceux de la défense et de la fiscalité, notamment). Et depuis une quarantaine d’année, cette idée indépendantiste (voire nationaliste à certains égards) a été régulièrement nourrie par le système éducatif. En effet, la langue enseignée dans les établissements catalans est le catalan, le castillan (langue officielle de l’Espagne) étant dispensé comme une langue étrangère. En quarante ans, l’idée fut : « On est davantage Catalans qu’Espagnols ; et on ne peut être les deux à la fois. » L’indépendantisme catalan accéda au pouvoir en 2015 : il est la résultante de cette politique menée depuis un demi-siècle.

Partant de là, il faut ajouter que le catalan fut largement enseigné par les curés catholiques à partir des années 1950 sous la forme écrite. De fait, il était jusqu’alors largement oral et pratiqué dans les zones rurales et pauvres (et très identitaires) de la Catalogne (Vic, Solsona…). Les prêtres furent des courroies de transmission de la langue catalane et, par conséquent, de l’indépendantisme ; certains allèrent jusqu’à prêcher en catalan malgré l’interdiction du régime franquiste qui embastilla des prêtres dans les années 1960. A ce titre, aujourd’hui, plus d’un prêtre catalan sur deux est indépendantiste. Dans l’imaginaire catholico-catalan, il faut citer l’abbaye bénédictine de Montserrat (que dirige le P. Sergi d’Assís Gelpí i Abradó, indépendantiste revendiqué), sacrée pour le peuple catalan et qui a formé quantité de politiques indépendantistes. De fait, l’idée de nation catalane ne serait rien sans l’apport des prêtres et religieux (bénédictins mais aussi jésuites, clarétains, piaristes, franciscains, capucins, salésiens et cisterciens de Solius, aujourd’hui tous majoritairement favorables à l’indépendance). Les catholiques indépendantistes (clercs, religieux et laïcs, occupant pour certains des postes diocésains importants) ont décidé en septembre dernier de faire entendre leurs voix par le biais d’une déclaration prenant fait et cause pour l’organisation du référendum d’octobre dernier tout en déplorant « l’impossibilité de négocier les conditions pour qu’il se déroule en accord » avec le gouvernement espagnol, décidément plus fermé qu’une huître. (découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n°502)

8 commentaires
Indépendance de la Catalogne : une Eglise déchirée 11 novembre 10:50, par Ventadour

Les frontières de Etats d’Europe centrale et de l’Est ont été profondément bouleversées en 1918, en 1944 (dans une moindre mesure), et surtout après la chute du communisme après 1989. Je ne vois pas pourquoi les frontières seraient immuables en Europe de l’Ouest.
De plus en Europe de l’Ouest on prétend "briser les tabous" dans tous les domaines ; je ne vois pas non plus au nom de quoi on sacraliserait les frontières actuelles des Etats. Les Nations-Unies sont aussi vigilantes (en principe) quant au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et au statut des langues et des cultures régionales, alors allons-y : Catalogne, Pays Basque, Ecosse, Italie du Nord (Lombardie et Vénétie), Haut-Adige, Flandres, Corse, Savoie, Bretagne, Alsace...
La "folie fiscale" et la paresse de certains gouvernements européens incapables de se réformer et de réformer l’Etat-providence est en train d’en remettre aussi une couche en attisant ces revendications indépendantistes.
L’Eglise peut très bien s’adapter à une autre Europe de l’Ouest avec d’autres frontières (elle l’a déjà fait à de nombreuses reprises) ; nous ne sommes pas des gallicans nationalistes.

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