Parution : 20 février 2018
Portugal : une église aux accents bergogliens

Ces dernières semaines, trois informations émanant du Portugal ont retenu l’attention : deux relatives aux divorcés remariés, une autre aux prêtres. Trois évêques ont décidé de se risquer un peu plus que la majorité de leurs confrères – de tous pays – très circonspects sur ces sujets quand bien même à Rome l’étau semble moins serré que sous les deux précédents pontificats. N’oublions pas qu’exceptés les épiscopats maltais, sicilien, campanien, belge1, allemand et argentin, peu de conférences épiscopales ont fait connaître leurs directives s’agissant de l’accueil des divorcés remariés et leur accès aux sacrements. Encore que l’un de ces trois évêques portugais ne fit jamais que rappeler le dogme, ce qui n’a pas manqué de faire réagir dans un pays où sept mariages sur dix se concluent par un divorce…

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Il faudra s’y faire : avec ce pape, unité ne signifie pas uniformité. C’est difficile à admettre, tant dans le catholicisme ces deux concepts ont été longtemps confondus. François ne croit pas en cette confusion qui accroît davantage encore le pouvoir absolu du pape et de sa Curie, à l’affût du moindre écart par rapport aux dogmes ou à la doctrine. Que ce soit dans le domaine théologique ou pastoral, les exemples de chercheurs et pasteurs tancés par Rome fourmillent. Mais désormais l’audace est au contraire encouragée, l’évêque de Rome expliquant à maintes reprises que les évêques devaient parler, faire des propositions, se montrer créatifs.

Ainsi, au Portugal, Mgr Cavaco Carrilho, évêque de Funchal (Madère), vient-il d’autoriser l’un de ses prêtres, père d’une petite fille depuis l’été dernier, à poursuivre son ministère tout en assumant sa paternité, ne le déchargeant que de sa charge curiale. A notre connaissance, il s’agit là d’une première dans l’histoire récente de l’Église. Il s’agit aussi d’une transgression salutaire, en l’espèce : quantité de communautés n’ont plus accès aux sacrements en raison de la raréfaction presbytérale ; se priver des prêtres pères ou conjoints est d’une grande absurdité dans le contexte actuel. Du reste, n’oublions qu’en novembre 2016, le pape argentin rendait visite à des prêtres mariés à Rome dans le cadre de ses actes de miséricorde1, les derniers clôturant l’Année sainte extraordinaire. Beaucoup y virent un signe en faveur de l’assouplissement de la discipline ecclésiastique. Du Portugal viennent aussi les orientations pastorales de l’archevêque de Braga et primat d’Hispanie, Mgr Ferreira da Costa Ortiga, lequel écrit à l’attention des divorcés remariés qu’ils décideront, en définitive, en conscience et devant Dieu, si oui ou non ils communieront. Les prêtres n’ont pas à « se substituer à la conscience des gens », selon lui, ce qui n’est pas vraiment la ligne du cardinal-patriarche de Lisbonne, Mgr Clemente (jusqu’alors vu comme ouvert), qui continue de conseiller l’abstinence sexuelle et l’accès aux sacrements que dans des « circonstances exceptionnelles » (et si les remariés ne consomment pas leur union). Une ligne qui ne manqua de surprendre dans ce pays où sept mariages sur dix se soldent par un divorce…

Si les évêques de Braga et Funchal, il n’y a pas dix ans, auraient été convoqués par Rome, sommés de se déjuger, il est à peu près certain que François n’en fera rien. A bien des occasions, il a fait savoir que l’Église était diverse, et qu’en fonction des histoires, des cultures, de la vie des gens, le message évangélique se colorait pour mieux se diffuser. Ce qui est bon ici ne l’est pas nécessairement ailleurs et pourtant, c’est bien la même Église, qui a pour forme le polyèdre, respectant les particularités de chacune des Églises locales. C’est une nouveauté qui n’en finit pas d’étonner et parfois contrarie ceux qui croient toujours en la verticalité ecclésiale, souvent ceux-là qui par ailleurs souhaitent la fin de l’expérience bergoglienne dans les plus brefs délais. Et il est vrai que François entre dans un mois dans la sixième année de son pontificat et que les réformes semblent au point mort. C’est en mettant un coup d’accélérateur sur ces chantiers qu’il pourra, sait-on jamais ?, récupérer un peu de crédibilité après son catastrophique voyage au Chili.

[Pour aller plus loin : téléchargez l’intégralité de notre dossier : http://golias-editions.fr/article5511.html]

1. http://plein-jour.eu/wordpress/surprise-pape-francois-rend-visite-a-des-foyers-de-pretres-maries-a-rome-meme/

23 commentaires
Portugal : une église aux accents bergogliens 26 février 22:28, par Hœri

Elle est belle cette eglise du Portugal.
Un monseigneur qui réaffirme un prêtre dans son ministère et ce malgré un léger écart de conduite dudit prêtre. C’eût été intéressant de savoir si le monseigneur en question lui a dit :"Va et ne pêches plus" ! ou "va et ne te fais plus chopper".
Et pendant ce temps un autre ose dire à ses ouailles (divorcés cela, devant la Loi mais pas devant Dieu) que vous allez décider "en conscience et devant Dieu" de communier ou pas. Et que les prêtres n’ont pas à se substituer à la conscience des gens". Et puis on se fiche des enseignements de l’Eglise, au diable les pêchés véniels, a Dieu les pêchés mortels !
Juste une question bête : quand ces gens-là se sont mariés une première fois (la toute première) c’était en conscience et devant Dieu ou pas ?
Mais enfin c’est bien connu : Dieu varie souvent !
Et qu’il me rappelle ce monseigneur, à quoi servent les prêtres déjà ?

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Portugal : une église aux accents bergogliens 23 février 20:05, par anne marie

Première méditation de Carême du père Cantalamessa 
Le prédicateur de la Maison Pontificale, le père Raniero Cantalamessa, a prononcé ce vendredi 23 février sa première prédication du Carême devant le Pape et la Curie romaine. Le capucin s’est basé sur un extrait de la lettre de Saint-Paul aux Romains, « ne prenez pas pour modèle le monde ...

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Portugal : une église aux accents bergogliens 20 février 12:18, par hélène

bonjour
"Ainsi, au Portugal, Mgr Cavaco Carrilho, évêque de Funchal (Madère), vient-il d’autoriser l’un de ses prêtres, père d’une petite fille depuis l’été dernier, à poursuivre son ministère tout en assumant sa paternité, ne le déchargeant que de sa charge curiale."

Ce qui lui permet d’assumer son rôle de père, qui est le plus important.

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