Parution : 23 novembre 2018
L’église en France sera-t-elle « Sauvé » ?

L’assemblée plénière de la Conférence des évêques de France (CEF) qui s’est déroulée début novembre à Lourdes était attendue à plus d’un titre. D’une part en raison de la réception de quelques victimes (dans des conditions plus que discutables), d’autre part à cause de l’éjection de l’Officialité d’Auvergne-Rhône-Alpes du P. Vignon (cf. « Golias Hebdo » n°549) ; enfin parce que tous attendaient les décisions épiscopales en matière d’abus. Pour une fois, les évêques furent peu ou prou au rendez-vous des attentes… ce qui ne fut, hélas, pas le cas partout.

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En effet, la veille de la clôture de l’assemblée plénière, Mgr Pontier, archevêque de Marseille et président de la CEF – flanqué de Mgr Crepy, évêque eudiste du Puy et président de la Cellule permanente de lutte contre la pédophilie, et de Mgr Ribadeau-Dumas, porte-parole et secrétaire général de la CEF –, convoquait la presse et annonçait la création d’une « commission indépendante chargée de faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs dans l’Église catholique depuis 1950 » [1]. A la tête de cette commission (qui enquêterait durant 18 à 24 mois) : Jean-Marc Sauvé, 69 ans, vice-président honoraire du Conseil d’Etat et président de la Fondation d’Auteuil. D’origine modeste, formé chez les jésuites, proche de la gauche qu’il servit – notamment les gouvernements Mauroy –, ancien secrétaire général du gouvernement de quatre Premiers ministres, la nomination de M. Sauvé fut saluée par l’opinion. De fait, ce choix n’est pas mauvais : réputé impartial, c’est aussi un catholique pratiquant qui ne fait pas mystère de sa foi sans pour autant l’étaler. A lui désormais de choisir les membres de cette commission et de mettre en place ce travail de mémoire et de vérité. A lui aussi de convaincre les évêques réticents à ouvrir leurs archives, répugnants de déterrer ce qu’ils espérèrent longtemps mettre sous le boisseau. Naturellement, le choix des membres sera primordial. D’après Jean-Marc Sauvé, seront désignés par lui seul des membres « de toutes opinions, de toutes confessions et par conséquent des croyants et des non-croyants » [2]. Déplorons néanmoins l’impasse faite sur les abus de pouvoir et de conscience, cette commission n’étant chargée que des abus sexuels même si son président postule que « son mandat est large et ne comporte aucune restriction ». L’autre aspect de cette assemblée plénière concerne les indemnités versées aux victimes d’abus commis par des clercs. Par principe, la CEF n’y est pas opposée, ce qui était loin d’être joué à l’avance : certains évêques renâclaient, arguant les difficultés financières rencontrées dans les diocèses. Quand bien même le moteur des victimes n’est pas l’indemnisation, la charge symbolique ne peut être négligée puisqu’elle participe à la réparation intérieure de celles-ci. En définitive, on ne peut que se réjouir du changement de braquet épiscopal après plusieurs années d’errance ; seule ombre au tableau : la présence toujours aussi malfaisante et inconsistante du cardinal Barbarin qui chercha à faire capoter cette assemblée d’automne en démettant de ses fonctions le P. Vignon à la veille de la rencontre lourdaise. Cette histoire n’est pas terminée : le code de droit canonique ayant été foulé aux pieds par le primat des Gaules, le P. Vignon a déposé plusieurs appels « en haut lieu » [3].

La CORREF au rendez-vous

Quelques jours plus tard, c’étaient 450 membres de la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF) qui étaient réunis à Lourdes pour leur assemblée générale bisannuelle. Présidée par la dominicaine Véronique Margron, elle a décidé de « s’associer pleinement à la décision prise par la Conférence des évêques de France (CEF) concernant la mise en place d’une ‘‘commission indépendante’’ » [4]. Par ailleurs, la CORREF – qui, à la différence de la CEF, ne découvre pas les ravages causés par les abus – souhaite continuer à développer les outils développés depuis longtemps : « Travailler ensemble sur la formation initiale et la formation continue dans nos Instituts, proposer aux Instituts des protocoles sur la protection des mineurs et des personnes vulnérables, rendre possible une meilleure prise en charge des auteurs, avancer sur différentes modalités de réparation pour les personnes victimes (…). Se saisir de la difficile question de l’accès à la parole des membres de nos Instituts qui ont été victimes, en France mais aussi en d’autres pays où nous avons des sœurs et des frères (…). Organis[er] groupes de travail et journées spécifiques, dans lesquels des personnes victimes pourront être parties prenantes, comme nous le faisons déjà. » On ne peut que saluer le travail courageux mené par les religieuses et religieux depuis de longues années au sujet des abus, entre autres sous l’impulsion de Sr Véronique Margron, et la ferme volonté de regarder en face un passé pas toujours reluisant.

Les évêques américains retoqués

Les évêques de France rejoignaient leurs diocèses quand ceux des Etats-Unis quittaient les leurs pour Baltimore où se tenait leur assemblée plénière. Là aussi, cette rencontre était très attendue. En effet, la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis (USCCB) vit une crise majeure, la pire sans doute de son histoire, une partie de ses membres flirtant nolens volens avec le schisme depuis 2013 et l’élection du pape jésuite. Dès son élection, François chercha à reprendre en main cet épiscopat dont le conservatisme confine à la caricature en nommant aux postes clé des évêques ouverts [5]. En parallèle, le pape argentin se montre volontiers critique vis-à-vis de l’ultralibéralisme, la peine de mort (le Vatican n’est devenu abolitionniste qu’il y a quelques mois), et a voulu – mezzo voce – desserrer l’étau doctrinal à l’endroit des lépreux de l’Eglise (divorcés, remariés, LGBTI+…).

Tout ceci cristallisa davantage encore une USCCB déjà sur des charbons ardents… Les révélations autour de l’archevêque émérite de Washington, McCarrick (et sa démission du collège des cardinaux), le rapport pennsylvanien, les pamphlets de l’ex-nonce aux Etats-Unis, Mgr Viganò [6] (qui écrivit même aux évêques nord-américains alors qu’ils s’apprêtaient à siéger pour leur assemblée plénière !), la démission du cardinal-archevêque bergoglien de Washington, Mgr Wuerl, mirent sous le feu des projecteurs les dissensions et multiples divisions qui traversent cette conférence. Une trentaine d’évêques nord-américains soutiennent en effet l’ex-nonce – qui réclame la démission de l’évêque de Rome – dans ses accusations… Bien décidé à sortir de l’ornière, l’épiscopat voulait mettre en place de nouvelles mesures : nouveau code de conduite, nouveau mécanisme de signalement, création d’une commission d’enquête sous la direction de personnes n’appartenant pas à l’Eglise catholique. Las ! Rome – sur le conseil du nonce français aux Etats-Unis, Mgr Pierre – bloqua toutes initiatives jusqu’à la rencontre de février prochain de tous les présidents des conférences épiscopales avec le pape jésuite, ce qui ne manqua pas d’interloquer les observateurs et les évêques eux-mêmes, en premier lieu le président de l’USCCB, le cardinal-archevêque conservateur de Galveston-Houston, Mgr DiNardo, « [çu] » [7] car voyant dans cette décision un mauvais signal envoyé à l’opinion. Or, il apparaît que l’injonction était motivée. Ces nouvelles mesures ne faisaient pas l’unanimité au sein de l’épiscopat nord-américain (ce qui aurait renforcé l’image d’évêques divisés). Par ailleurs, il semble que Rome attendait de l’USCCB qu’elle aille plus loin, jugeant ces dispositions inadaptées à la situation.

Pour désamorcer le germe de polémique dans les médias relatif à cette injonction romaine, François nomma, le jour même où l’on apprenait cette dépossession des prérogatives épiscopales nord-américaines, un homme de confiance, réputé pour sa lutte contre les abus, au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) : Mgr Scicluna, archevêque de Malte et désormais, en même temps, secrétaire adjoint de ce dicastère, soit numéro 3. Lui qui fit la lumière sur les dérives des Légionnaires du Christ et de leur fondateur Maciel, lui qui supervisa l’enquête sur l’épiscopat chilien après le calamiteux voyage pontifical de janvier dernier, est chargé d’organiser la rencontre de février prochain avec les présidents des Conférences épiscopales et, assurément, de dessiner la nouvelle ligne romaine en matière d’abus, charge ensuite aux épiscopats locaux de l’aménager chez eux. De fait, le pape argentin, chantre de la synodalité, s’aperçoit qu’il ne peut compter là-dessus s’agissant des abus ; il doit lui-même imprimer une ligne, les évêques étant incapables (par nature mais aussi par fonction) d’audace et de courage. Ainsi, en février prochain, Rome devrait décider de la direction à suivre par tous, les épiscopats étant chargés de l’appliquer (en l’adaptant çà et là aux particularités locales). A noter en outre que Mgr Scicluna prendrait la place à la CDF de Mgr Di Noia, un archevêque dominicain natif des Etats-Unis, réputé pour son archi-conservatisme8 et ayant dépassé les 75 ans depuis peu…

François à l’épreuve du changement

Cette réunion des présidents de conférences épiscopales, si elle n’est pas un synode (et encore moins un concile) prouve cependant la volonté bergoglienne d’associer l’ensemble des évêques au changement indispensable. La crise des abus qui traverse la planète de part en part démontre aux plus récalcitrants que la réforme de l’Eglise est plus que nécessaire : inévitable. Comme l’asséna à plusieurs reprises le National Catholic Reporter dans une lettre ouverte aux évêques des Etats-Unis à la veille de leur assemblée plénière : « C’est fini ! » [8] En effet, le roi est nu : plus aucun prêtre ne sera plus jamais vu comme « à part  » (soit sacré) ; l’exercice de l’autorité et même du magistère devront changer, se vivre de manière autre car le Peuple ne l’acceptera plus. Il va falloir penser les fonctions hiérarchiques différemment, le modèle que nous connaissons étant totalement obsolète et même mortifère. Oui, qu’on se le dise une fois pour toutes : «  C’est fini !  »

1. https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/463217-monsieur-jean-marc-sauve-vice-president-honoraire-conseil-detat-president-de-commission-independante/
2. https://www.liberation.fr/societe/2018/11/16/pedophilie-dans-l-eglise-la-commission-d-enquete-n-aura-aucune-restriction-selon-son-president_1692555
3. http://www.cheriefmvalleedurhone.fr/drome-entretien-avec-le-pere-pierre-vignon/?fbclid=IwAR00xnDUU3rZ-A5gz42OsrzS80mvImFyy_q57SIeU56KkclW933WaYmjYa8
4. https://www.viereligieuse.fr/Declaration-de-la-Corref-a-l-issue-de-l-AG-de-Lourdes
5. Mgr Cupich à Chicago, Mgr Tobin à Newark, Mgr McElroy à San Diego…, les deux premiers ayant été créés cardinaux en novembre 2016.
6. Notons que ce redresseur de torts vient d’être condamné par la justice à rembourser plus de 2 millions d’euros à son frère, qu’il a spolié intentionnellement : https://www.tdg.ch/monde/archeveque-spolie-frere-handicape/story/11522258
7. https://www.20minutes.fr/monde/2370819-20181113-etats-unis-vatican-bloque-mesures-eveques-americains-contre-abus-sexuels
8. Il fut un éphémère vice-président (juin 2012-septembre 2013) de la commission Ecclesia Dei, désireuse de récupérer les lefebvristes dans le giron romain, et en charge des discussions avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX).
9. https://www.ncronline.org/news/opinion/open-letter-us-catholic-bishops-its-over

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1 commentaire
L’église en France sera-t-elle « Sauvé » ? 27 novembre 2018 16:27, par Anne Marie

Oui bien sûr à carmauxcite minière pauvre de france a reçu un prêtre illuminé indien avec l aval de l évêque dominicain qui voue une haine contre les homosexuel en les comparant au diable !!!!!! Mais quelle honte

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